La paire euro-dollar évoluait lundi à proximité du cours de clôture de vendredi, dans la zone des 1,14 au milieu. Les récents événements géopolitiques n’ont pas incité les acheteurs de l’EUR/USD à pousser vers la zone des 1,15, ni permis aux vendeurs de ramener les prix vers les plus bas atteints la semaine dernière.
La géopolitique reste au premier plan de l’attention des traders de l’EUR/USD. On peut dire que les intervenants de marché font preuve d’un optimisme prudent quant aux premiers résultats des négociations, tout en conservant un « sain scepticisme » quant aux perspectives d’un accord pleinement abouti.

Cependant, on observe lundi une nette domination des signaux positifs sur les signaux négatifs. Par conséquent, j’estime que le marché est actuellement excessivement prudent dans son appréciation des événements en cours. De ce fait, les acheteurs de l’EUR/USD n’ont pas encore réussi à concrétiser le « potentiel accumulé » qui, dans une interprétation plus favorable du contexte d’actualité, aurait déjà pu pousser la paire vers des niveaux de prix plus élevés, au moins dans la zone des 1,15.
Selon le Premier ministre pakistanais Shahbaz Sharif, les discussions à Burgenstock ont « démontré des progrès encourageants ». Il a précisé que les parties s’étaient entendues sur une feuille de route visant à parvenir à un accord final dans les 60 prochains jours et à mettre en place un comité de haut niveau chargé de la supervision politique. Comme l’a souligné le Premier ministre, « les discussions se sont déroulées dans une atmosphère positive et constructive et ont donné des résultats encourageants ».
Parallèlement, le ministre iranien de l’Économie, Seyed Ali Madanizadeh, a annoncé que le processus de dégel des avoirs iraniens avait débuté lundi. Il a indiqué que la banque centrale avait commencé à mettre en œuvre les « mesures nécessaires pour libérer les réserves de change iraniennes bloquées ».
Enfin, le vice‑président américain JD Vance a déclaré que les discussions avaient été « très, très fructueuses », les parties ayant réalisé des avancées significatives dans les négociations. Selon lui, l’Iran a notamment accepté d’autoriser l’entrée dans le pays des inspecteurs de l’ONU et de l’AIEA afin de contrôler le respect des accords conclus. Vance a comparé l’accord à la construction d’une maison, en soulignant que, même si « la maison n’est pas encore construite, de bonnes fondations ont déjà été posées ».
Autrement dit, malgré le départ de la délégation iranienne du sommet de Burgenstock, les parties ont tout de même pu approuver officiellement la feuille de route. Il s’agit d’un point important pour la prochaine étape du processus de négociation : lundi, des pourparlers au niveau des groupes de travail ont commencé en Suisse (avec une délégation iranienne dirigée par un haut responsable – le vice‑ministre des Affaires étrangères) afin d’élaborer des mécanismes concrets de mise en œuvre de l’accord.
Pourquoi, dans ces conditions, un climat d’inquiétude (ou plus exactement de scepticisme) continue‑t‑il de régner sur le marché, malgré les commentaires clairement positifs des États‑Unis, du Pakistan et de l’Iran ?
À mon sens, plusieurs facteurs fondamentaux doivent être mis en avant.
Premièrement, des désaccords profonds subsistent au sujet du programme nucléaire. Les États‑Unis insistent sur le principe de « zéro enrichissement » et exigent que l’Iran démantèle ses centrifugeuses et impose un long moratoire, pouvant aller jusqu’à 20 ans, sur tout développement ultérieur. Téhéran, pour sa part, refuse de fixer des limites au‑delà de 10 ans et affirme ne pas être prêt à prendre des mesures qui, selon lui, porteraient atteinte au droit du pays de développer un programme nucléaire civil.
Deuxièmement, il y a le « facteur Israël ». Comme on le sait, Israël ne participe pas directement au processus de négociation, mais le mémorandum conclu entre Washington et Téhéran repose sur l’hypothèse que les États‑Unis peuvent contrôler Israël et que l’Iran peut maîtriser ses forces supplétives dans la région. C’est pourquoi de nombreux analystes considèrent ce point comme l’un des principaux risques : même si des accords finaux sont conclus entre Washington et Téhéran, des acteurs régionaux non formellement liés à l’accord demeurent. Toute action militaire d’Israël ou de forces supplétives iraniennes pourrait « réduire à néant » les accords suisses.
Parallèlement aux négociations suisses, des discussions entre Israël et le gouvernement officiel du Liban se déroulent à Washington sous la « supervision » de Donald Trump. D’après les premières informations, les parties se seraient déjà entendues sur des « zones pilotes » dans le sud du Liban, dont les forces israéliennes devraient se retirer pour en transférer le contrôle à l’armée régulière libanaise. Toutefois, il reste à savoir si ces pourparlers aboutiront réellement.
Ainsi, les traders de l’EUR/USD adoptent de fait une position attentiste face à un processus diplomatique complexe et à plusieurs niveaux. L’évolution future de l’EUR/USD dépendra en grande partie du degré de succès des négociations, non seulement à Burgenstock, mais aussi à Washington. Tout progrès, dans un sens comme dans l’autre, pourrait renforcer l’appétit pour les actifs risqués et soutenir l’euro, tandis que de nouveaux échecs diplomatiques ou une recrudescence des tensions régionales au Moyen‑Orient raviveraient la demande d’actifs refuges, dont le dollar américain.
L’incertitude demeure et le rapport de forces peut encore basculer dans un sens comme dans l’autre, même si les signaux positifs l’emportent pour l’instant sur les signaux négatifs. Dans un tel contexte, il est prudent d’adopter une approche d’attente sur la paire EUR/USD – du moins jusqu’à ce que des signaux plus clairs apparaissent quant à l’issue du processus de négociation.
